Château La Coste

07/04/2017

L’air vibre au son des abeilles butinant les champs de lavande voisins, le soleil inonde de lumière les vignes chargées de raisins qui dévalent les flans des collines. Ces terres provençales ont depuis toujours inspiré de nombreux artistes. 

 

Dans ce petit coin si particulier du Luberon, Château La Coste, non loin d’Aix en Provence, ce sont désormais les nouvelles générations d’artistes et d’architectes contemporains qui, à leur tour au détour d’un sentier, modifient notre regard et nous surprennent.

 

Chateau La Coste


Le propriétaire Patrick McKillen, investisseur et grand collectionneur irlandais tombé amoureux du domaine, l’a transformé avec passion en véritable musée à ciel ouvert. Féru d’art, et visionnaire, il a réussi à faire de cet écrin de verdure une place de choix pour l’Art, et bien au-delà d’un simple art de vivre. Son coup de maître : avoir su convaincre ses amis artistes internationaux de venir choisir un bout de cette belle propriété pour y créer une œuvre in situ à ciel ouvert.

Depuis, c’est un véritable parcours artistique qui s’étend et défile, grandiose au milieu de la nature, où les artistes contemporains s’exposent à la lumière du jour.

Première prouesse design à voir absolument : le chai signé Jean Nouvel. Mais aussi l’un des Mamans, série de sculptures d’Araignées Géantes de Louise Bourgeois ayant pour toile une étendue d’eau en trompe l’œil, le mobile «Small Crinkly» d’Alexander Calder, la Drop de Tom Shannon dans lequel se reflètent en 360 degrés tous les alentours en un coup d’œil, le pavillon de musique par Frank O Gerhy, les Mediation Bells de Paul Matisse, la Grande Croix Rouge de Jean-Michel Othoniel, et  bientôt l’incroyable installation Mountains and Seas de Ai Wei Wei qui sera inaugurée en Avril 2017. 


On pourrait ne pas y croire, on pourrait douter. Et bien non, le pari visuel est réussi, la beauté naturelle du domaine est sublimée par ces œuvres d’art contemporaines et architecturales, pourtant parfois radicales. 

Le potager de Louis Benech figure aussi parmi la vingtaine d’œuvres qui  se succèdent le long de cette errance arty-architecturale de deux heures en pleine nature, alors que sous les pas des visiteurs, les pommes de pin roulent et craquent sous la chaleur. Des sensations uniques qu’aucun musée au monde n’enlèveront jamais au «land art».

 

Mais ce n’est pas tout. Un centre d’art a également aussi été conçu par Tadao Ando comme un petit Naoshima provençal [île japonaise transformée en centre d’art à ciel ouvert, ndlr]. Le bâtiment reflète de nombreux éléments typiques du maître japonais de l’architecture, créant une expérience extraordinaire de lumière et d’espace en pleine nature. Une vaste étendue d’eau dissimule le parking et procure une scène spectaculaire. Composée entièrement d’imposantes baies vitrées, une des ailes abrite l’espace d’accueil ainsi que la librairie, tandis que la seconde aile inclut le restaurant longeant l’eau et faisant face aux vignes.

 

Les murs en béton soyeux à l’aspect unique de Tadao Ando sont parsemés de poinçons coniques organisés dans les mêmes proportions que les tatamis japonais. L’utilisation sculpturale de ce matériau crée de fortes lignes géométriques, des perspectives encadrées ainsi qu’une variété de reflets tout au long de la journée. L’interaction entre les espaces intérieurs et extérieurs est époustouflante et son intégration dans la nature parfaite.

« Ce que j’ai essayé de réaliser ici, en raison de la présence de Cézanne à Aix, c’est de créer une nouvelle œuvre proche de la nature. » explique Tadao Ando. « Je souhaitais capturer le même esprit, très humble, des peintures de Cézanne. »

 

Last but not least. Une nouvelle œuvre, celle de la célèbre Louise Bourgeois, Elevation Stair, I do, I redo, I Undo, promet de nous élever encore un peu plus vers le firmament de l’art et de l’architecture. 

 

Cette tour en acier haute de neuf mètres, sur laquelle on peut monter, a été créée par l’artiste pour l’inauguration du Tate Modern Turbine Hall il y a 10 ans, mais est restée entreposée à l’abri des regards depuis. Opiniâtre, Patrick Mckillen a cherché à convaincre l’artiste d’abriter cette œuvre ici au Château La Coste. Avec une idée supplémentaire apportée par Jean Nouvel : celle de recréer la forme de la colline surplombant la vallée de Puy-Sainte-Réparade, avec un toit de béton ondulant au dessus de la tour de Louise. 

Louise Bourgeois, alors très affaiblie, fût tout de même extrêmement séduite par l’idée de Jean Nouvel. Elle décéda cependant avant que le transfert de l’œuvre ne soit officiellement conclu. Par chance, ses descendants, ayant entendu parler de l’envie de leur mère de déplacer son œuvre et de l’inscrire dans un projet avec Jean Nouvel, conclurent positivement cette tractation. Les Stairs to Heaven pourront voir le jour en Provence très bientôt et nous promettent d’avoir le souffle littéralement coupé.

 

 

Louise Bourgeois
L’art de la vigne est aussi bien vivant au Château La Coste, avec aux commandes de la vigne, Matthieu Cosse, l’un des œnologues les plus talentueux de sa génération, ancien rugbyman, dont l’ambition est de convertir le vignoble en une pure agriculture biologique, en adhérant aux principes biodynamiques. Il œuvre, en chef de file d’une équipe passionnée, au développement de vins caractéristiques du terroir dont ils sont issus. 

 

Au printemps, le domaine ouvre aussi son hôtel, constitué d’un spa somptueux, d’un restaurant gastronomique Le Louison, et de suites plus luxueuses et design les unes que les autres, truffées d’œuvres d’art issues des collections personnelles du propriétaire. Aux commandes du Louison et de nos papilles, le chef marseillais Alain Passedat, chef du célèbre Petit Nice, nous livre une cuisine loin de la mer, savamment inspirée par le lieu et la terre. 

 

La religion au Château La Coste se pratique à travers trois domaines de prédilection : le vin, l’art et l’architecture. Et aucun des trois n’est favorisé au mépris des autres, au contraire, ils cohabitent pour le plus grand plaisir des esthètes. Concentré d’art, de design, de nature et de bonne chair, on vient au domaine de Château La Coste pour s’émerveiller de ce curieux mélange entre l’impressionnisme et le cubisme pris comme par magie dans le même écrin de verdure, sous le cagnard du midi aussi bien qu’à l’ombre des pins. 

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